Œuvres choisies de la Collection Guggenheim Bilbao IV

19 de novembre, 2013 – 14 de septembre, 2014

Sans titre #767

La consécration d'Irazabal survint au milieu des années 1990, avec deux expositions à New York. C'était une époque particulièrement fertile pour les jeunes artistes qui revisitaient l'abstraction pure comme un langage historique d'une viabilité douteuse à long terme. Les peintures d'Irazabal se repaissent dans une pure visualité gestuelle, dans le style pop, qui les fait paraître instantanées et immédiates. Dans sa profonde compréhension du langage pictural, résultat d'une longue histoire, particulière et singulière, Irazabal a codifié dans ses œuvres des signes conceptuels de plusieurs époques de l'histoire de la peinture. Ces indicateurs nous ramènent aux chefs-d'œuvre perdus de la Grèce antique et évoquent plusieurs styles et idéologies qui ont caractérisé depuis le milieu de la peinture.

Irazabal utilise comme principal support un polymère liquide très clair, auquel il ajoute d'abord un gel pour qu'il conserve son épaisseur durant l'application, puis des quantités infimes de pigment liquide pour créer différentes couleurs avec divers degrés de transparence. En raison de l'épaisseur de chaque couche de peinture, il construit des rebords autour du tableau pour éviter que le diluant coule hors de la surface. Les rebords sont ensuite ôtés avant l'exposition pour que les chants du tableau soient visibles. Lorsqu'Irazabal applique une couleur sur une autre, l'effet visuel est incroyablement complexe.

Durant les premières années de recherche de ce processus de création de couches de couleur, Irazabal utilisait une petite échelle par nécessité. Il était alors plus important pour lui d'explorer les différentes possibilités de sa nouvelle méthodologie de travail que d'essayer de faire des expositions à plus grande échelle. C'est pendant qu'il travaillait à sa seconde exposition dans une galerie commerciale de New York, en 1997, qu'il commença à chercher des moyens d'augmenter cette échelle. Pour créer l'œuvre intitulée, avec réserve scientifique, Sans titre nº 767 (Sin título #767, 1996), il prit d'abord quatre panneaux, chacun ayant approximativement la taille d'un homme. Les dimensions générales sont héroïques et sa grande extension et l'intensité du rouge ne peuvent éviter de rappeler le Vir Heroicus Sublimis (1950–51) de Barnett Newman. Bien que telle n'ait pas été son intention, Irazabal sent que la comparaison des spectateurs de son œuvre au chef-d'œuvre de Newman enrichit l'expérience de son œuvre. Le tableau est monochromatique en apparence, mais de profil, il présente de grosses strates superposées de peinture acrylique transparente qui, telles des sédiments, révèlent discrètement au spectateur la méthode créative d'Irazabal, ainsi que l'origine de la lumière énigmatique et profonde qui resplendit dans ses œuvres.

Prudencio Irazabal

Sans titre #767 (Sin título #767), 1996

Acrylique sur toile sur panneaux en bois

211 x 346 cm

Guggenheim Bilbao Museoa

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